Affirmer sa singularité en entreprise

J’ai rencontré Didier Avril lors d’une soirée organisée par un cabinet de conseil. Il navigue entre deux univers l’entreprise et l’art. Puisqu’il est directeur de la gestion des sinistres d’une compagnie d’assurances – un métier a priori peu sexy, sans doute équivalent dans l’esprit des gens à celui de banquier, c’est dire ! – avec  2000 personnes sous sa responsabilité et plus d’un milliard d’euros gérés. Mais il est aussi un artiste, régulièrement exposé à Paris ou ailleurs. Sa pratique est fondée sur l’utilisation de mots et de signes qu’il photographie sur les papers boards des salles de réunions. A 55 ans, il est convaincu que nos pratiques managériales peuvent être infléchies par d’autres façons de penser l’efficacité et que tout démarre par l’affirmation de sa singularité. 

La singularité source de créativité

Les artistes contemporains sont à l’aise avec leur singularité :

  • Damien Hirst assume parfaitement son obsession de la mort, tout en battant des records de vente (+ 100M$ pour un crâne incrusté de diamants).

damien_hirst_skullhead

  • Wim Delvoye tatoue des cochons et révolutionne l’art contemporain. Ses cochons tatoués ont été élevés près de Pékin avant d’être naturalisés.

Wim-Delvoye

Ces êtres singuliers que sont les artistes contemporains ont donné envie à Didier Avril de faire de l’art : «Puisque ce qui est beau dans l’art vient de ce qu’il y a de plus personnel dans l’artiste, quelle était ma singularité qui pouvait être une source de beauté pour les autres ? »

Le moteur, c’est d’abord soi

"Trois aspects de la singularité de l’artiste contemporain me paraissent intéressants", explique Didier Avril
  • Pour l’artiste contemporain, la compétence est au service de la nécessité d’être soi. La compétence technique sert l’expression de la singularité, elle ne lui est pas préalable. Le moteur c’est soi, la compétence se fabrique à partir de ce point de départ. Moi par exemple, je n’ai aucun besoin de tenir un pinceau.
  • L’artiste assume la singularité de sa vision en étant totalement à l’aise. Il ne se pose la question du regard des autres sur lui (que peut-on dire d’un type qui fait des tableaux avec des papers boards ?). Non. Il navigue dans le monde avec sa singularité, aussi à l’aise et décontracté que dans sa cuisine. Le monde lui appartient.
  • L’artiste contemporain joue, comme un enfant. Il bricole. Il accepte de réussir ou d’échouer. Il embarque les autres dans ses aventures. Il formule le monde dans lequel il veut évolue
 La singularité dans l’entreprise

La singularité paraît naturelle dans l’art contemporain.  Elle est attirante et nécessaire. Mais dans l’entreprise, quel intérêt ? Quels risques ? Parce que dans l’entreprise, on a plutôt l’impression qu’on est à l’inverse de la singularité. On évalue les compétences avec des microscopes. On voudrait bien l’autonomie des collaborateurs, mais avec des process pour savoir où on va. Et on souhaite la créativité pourvu qu’elle soit totalement dans le cadre.

"Evidemment,l’entreprise est un univers discipliné. Mais c’est dommage de mettre sous l’étouffoir la singularité de chacun", souligne Didier Avril
  • Plus on est à l’aise avec ce qu’on est, plus on met de l’intelligence et de la puissance dans ses actions.
  • Plus on assume sa singularité, plus on a confiance en soi, plus on crée de la confiance avec ses collaborateurs. La confiance est un enjeu clé, dans le monde de l’entreprise et dans le monde tout court.
  • Plus on est à l’aise avec sa singularité, et plus on accepte toutes les dimensions du fonctionnement de l’entreprise. Elle devient un terrain de jeu, dont on respecte les règles comme celles d’un jeu. Au contraire, si on cache ce qu’on a d’essentiel, on entre en résistance avec l’entreprise.
  • Plus on fait tout cela, mieux c’est pour l’entreprise et mieux c’est pour soi-même, y compris sa carrière.
Son expérience de manager

Didier Avril parle de son expérience de manager transformée par ses apprentissages d’artiste : « Comme membre du Comité de direction, je suis totalement en phase avec le fonctionnement de l’entreprise. Non seulement cela, mais je le porte. Mais une fois les règles du jeu complètement acceptées, je ne sens aucune entrave à l’expression de ce que je suis.»

Il est par exemple  le seul directeur à ne pas avoir de bureau. «J’aime être nomade au milieu des personnes avec qui je travaille. Plutôt que des projets ou des plans d’actions, j’aime organiser le travail de ma direction comme des aventures à vivre, dans lesquelles les rôles sont distribués et chacun les joue à sa façon. C’est très loin du formalisme bureaucratique, même si je ne peux complètement y échapper. Je ne suis pas en train de dire que mon mode d’action est le bon, non, juste que c’est très bien pour moi de faire du Didier Avril – je m’amuse – et très bien pour l’entreprise aussi puisque mes résultats sont bons.»  

Au quotidien plus ses collaborateurs expriment ce qu’ils sont, mieux ça marche, et plus les relations sont belles : «C’est beaucoup plus efficace pour moi que de regarder mes collaborateurs au travers des lunettes d’une grille de compétences.» 

Cela vous semble-t-il facile d’exprimer votre singularité dans l’entreprise, et de permettre si vous êtes manager à vos collaborateurs de le faire ?

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