Diriger avec la baguette du chef d’orchestre

Les dirigeants aiment bien s’imaginer à la tête d’un ensemble de musiciens et s’attribuer des qualités propres aux chefs d’orchestre. Qu’ont-ils donc en commun ?

On compare souvent les leaders à des chefs d’orchestre.  S’inspirant de cette comparaison, des stages proposent des ateliers soi-disant percutants. On y apprend par exemple à développer les qualités permettant de mener les hommes et de concevoir et d’exécuter une œuvre collective.  Si cette métaphore parle à l’imagination quand on tente de décrire la posture de leader ou la métier de manager, tient-elle vraiment ses promesses ? Henry Mintzberg la trouve pour sa part dépassée : « Un chef d’orchestre peut facilement être remplacé car l’exercice de sa fonction, de nature essentiellement reproductive, est hautement programmé dans la partition alors qu’un patron d’entreprise doit sans cesse créer, innover, prendre des risques face à des situations nouvelles et souvent sans règles claires. »

Enchanter l’orchestre

Dans son blog  » La note d’après… !  » Olivier Pauvarel, associé d’Acteus, montre les limites de la métaphore du chef d’orchestre. Pour cela  il fait témoigner un de ses de ses amis trompettiste dans l’orchestre national d’Ile de France. « Dans huit cas sur dix, le chef d’orchestre n’apporte pas de valeur particulière. Ce qui veut dire qu’il n’améliore ni ne dégrade la prestation de l’orchestre. Parfois il trouble même la fluidité de l’orchestre. C’est seulement dans quelques cas rares qu’il va enchanter l’orchestre. Certains chefs par leur talent, invitent les musiciens à donner le meilleur à désirer ensemble quelque chose. On voit que le chef a reconnu l’œuvre, a reconnu les musiciens, chacun sens quelle est sa place. » En réalité, cet engagement n’est pas le fruit de répétions laborieuses mais vient de la qualité extraordinaire du contact qui se noue entre le chef et l’orchestre.

 Sous la dépendance des musiciens

Guy Perrier a été directeur marketing des produits « coiffure » chez l’Oréal en Asie. Puis après une transition difficile, il est devenu chef d’orchestre. Aujourd’hui, il est le premier étonné des pouvoirs de « sorcier » qui sont accordés au chef d’orchestre : « On accorde au chef une autorité, un pouvoir sans aucune limite. Or il est sous la dépendance des musiciens » Un orchestre est un ensemble d’experts de haut niveau qu’il faut pouvoir organiser en chaîne de compétences. En se référant à sa propre expérience, Guy Perrier note que le chef d’orchestre doit être crédible auprès des solistes tel le premier violon. « Mais l’alto du dernier rang doit aussi se sentir concerné par le travail comme s’il était lui-même soliste »

 Jouer en groupe est difficile

Certaines grandes organisations ressemblent à des orchestres où jouent des musiciens apeurés, mais souvent bien payés, qui cherchent plus à protéger leur place qu’à faire entendre une petite musique inventive se fondant harmonieusement dans l’ensemble. Quelle leçon peut nous donner le chef d’orchestre ? Jouer de la musique en groupe est difficile. « C’est parce que les musiciens s’écoutent entre eux qu’on va pouvoir faire de la musique, explique Guy Perrier. Or la réaction humaine dans une équipe est de faire le service minimum : c’est-à-dire de jouer sans prendre de risque mais suffisamment bien pour que les collègues n’aient rien à vous reprocher »

Donner envie de prendre des risques

«  Le rôle du chef d’orchestre est de donner envie aux musiciens de bosser avec lui et de prendre des risques. La question posée par les musiciens au chef d’orchestre est la suivante : est-ce que ça vaut la peine de me dépasser en jouant sous ton autorité ? », explique Guy Perrier. Si la rencontre ne se fait pas, la médiocrité sera au rendez-vous. Si elle se produit, tout est envisageable. « Toscanini avait la capacité de pousser l’orchestre jusqu’au bout de lui-même dans des expressions qui n’étaient pas prévisibles. »

Rendre la parole aux musiciens

Comme le disait Herbert von Karajan « L’art de diriger consiste à savoir abandonner la baguette pour ne pas gêner l’orchestre. » La principale qualité d’un chef d’orchestre est de faire passer un courant d’une sphère à une autre. Il le fait grâce à sa vision de l’œuvre, à l’inventivité de son langage et grâce à une capacité de dialogue toujours renouvelée avec les musiciens. « Un bon chef d’orchestre, note Guy Perrier, fait preuve d’autorité sur des paramètres simples comme la justesse ou l’expressivité. Mais ce sens de l’autorité a pour but de rendre la parole aux musiciens car c’est les musiciens qui produisent le son. »

Une écoute des gens

Cette posture n’est pas si éloignée de celle d’un bon leader qui crée aussi un climat stimulant qui permet aux autres de s’affirmer de façon positive. Pour Chris Dyson, groupe Hay, il existe cinq compétences clés exclusivement utilisées par les stars – les meilleurs des meilleurs – en matière de leadership : « La satisfaction personnelle de voir les gens apprendre et améliorer leur performance, un besoin irrésistible de s’accomplir, une curiosité naturelle exacerbée, une aspiration à développer ce qu’on touche, une écoute des gens qui va jusqu’à avoir conscience de leurs pensées et de leurs sentiments non exprimés. »  Ce sont ces compétences qui semblent vraiment différencier les leaders extraordinaires des bons leaders . 

 

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