Sensible au bonheur de ses salariés

 A 31 ans, Julien Leclercq dirige Com’Presse, une agence de presse et de communication. Si la société a des bureaux à Paris, son siège est à Astaffort, un village cher à Francis Cabrel. « Le bénéfice pour nos clients est évident, nos coûts de structure sont bien moins élevés en Province… Cette logique économique entraine aussi beaucoup moins de turn-over que chez nos concurrents. Parce que chez nous, les gens sont heureux de faire leur métier. » Jeune patron de PME , il se dit choqué par les comportements scandaleux de certains dirigeants de grandes sociétés et par la très mauvaise image dont souffrent les autres, les 95% d’entre eux qui sont honnêtes. Aux 5 à 7 du Conseil, il est venu raconter la vraie vie de patron. Et son histoire prouve que quand on réunit les intérêts des salariés et des patrons et qu’on bosse main dans la main ensemble, on fait de très jolies choses. 

 L’agence a été sauvée

Il a commencé à écrire ce livre en pleine crise. « Quand tout va bien, dans le monde économique, à Astaffort, moi je ne suis pas impacté. Mais quand tout va mal, j’en subis tout de suite les conséquences. En 2009, nous avons perdu 25 % de notre CA en deux mois. Soit à peu près 1 million d’euros. On a du faire un tas de choses pour sauver l’agence. Et ma première prise de responsabilité managériale  a été de rentrer dans une pièce assez sombre, où l’ambiance était tendue, et de demander aux 30 salariés présents de baisser leur salaire de 15 %. Quand vous avez fait ça vous pouvez faire après plein de trucs hyper sympa. » Les deux tiers ont dit oui en 24 h et le dernier tiers a réfléchi un peu plus mais en trois semaines, il y a eu un oui collectif. « On leur a mis toutes billes en main sans leur jurer que ça marcherait. Car je n’étais pas sûr que cela soit suffisant. Et à aucun moment je me suis engagé sur une date de retour à la normale… » La réalité, c’est que l’agence a été sauvée et qu’une quinzaine d’emploi a pu être recréée. Mais il y a encore des gens – dont Julien fait partie – qui gagne 7 % de moins qu’il y a 5 ans.

Je n’étais pas en train de leur mentir

« Ils ont dit oui pour de belles raisons, parce que je ne me moquais pas d’eux, parce qu’ils croyaient en nous, que je n’étais pas en train de leur mentir, parce qu’il savait avant de rentrer dans la pièce que mon salaire avait été baissé…Quand on rentre pour demander un énorme effort à ses salariés, on l’a fait sur soi avant. Quand on étale les paiements des salaires sur trois semaines  – ça nous est arrivé et on finissait de payer les salaires le 25 du mois suivant – on paye le sien en dernier. » C’est là qu’il cite Carlos Ghosn comme exemple à ne pas suivre  « Quand il a demandé à ses salariés et cadres, chez Renault, de faire un gros effort sur leurs salaires, le sien venait de prendre + 38 % en trois ans. C’est pas ça la vraie vie de patron. Après il a fait un effort parce qu’il y eu une grosse pression autour de lui. La vraie vie de patron, c’est de se payer en dernier quand une entreprise va mal.  » A ce moment précis, il a eu envie de raconter son histoire et il  a commencé à rédiger un livre intitulé « Chronique d’un salaud de Patron – Bienvenue dans la vraie vie d’un patron de PME » (www.salauddepatron.fr). Depuis quelques mois, Julien Leclercq fait tout ce qu’il peut pour que quand on tape « patron et salaud » sur Google on tombe sur lui. 

 

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Les trois maux de la vie de patron

« Il y a deux ans, une employée qui fêtait son Pacs, me dit : Julien je croyais que tu étais un patron comme les autres mais finalement tu es un type bien. Je me suis dit qu’il y avait un truc à faire et j’ai voulu montrer avec humour et légèreté, ce qu’on traverse au quotidien, les choses drôles, ubuesques, les côtés négatifs. » Le premier mal de la vie de patron, c’est la solitude. Le second, c’est le stress. Le troisième c’est la difficulté de concilier vie privée et vie professionnelle. «  La réhabilitation de la fonction de patron passe bien sûr par beaucoup de pédagogie auprès des salariés et des étudiants mais aussi par un comportement exemplaire. Je suis convaincu qu’il faut qu’on fasse du bonheur de nos salariés le cœur de la vie en entreprise. Mais quand je dis ça, on me dit : Julien t’es gentil une entreprise c’est fait pour faire de l’argent et pas du social. »

 Changer les méthodes de management

« Je suis convaincu qu’un salarié heureux est un salarié qui travaille mieux. Toutes les études le montrent mais cette phrase toute simple provoque des débats animés chez nos amis chefs d’entreprise. Ce sont pourtant des choses qui font leur chemin. » Si ces thématiques sont portées par des petites boites, elles le sont aussi par des grandes entreprises dans le cadre des plans RSE (Responsabilité sociale et environnementale). Mais cela suppose de changer les méthodes de management et d’exercer l’autorité autrement que par des injonctions « L’autorité s’exerce par l’échange et par ‘adhésion à un projet…Cela ne veut pas dire qu’il faut jeter tout le paternalisme aux orties. Une des choses que les jeunes attendent de leur patron c’est la sécurité au travail qui est une des attributions du père. »

Se poser les vraies questions

De nombreuses études ont été publiées récemment sur le bonheur au travail pour mieux définir les critères du bonheur au travail. Sur l’ensemble de la population, vient en premier la reconnaissance, en second, l’ambiance, puis l’intérêt du métier. Chez les jeunes de moins de 30 ans, c’est d’abord l’ambiance qui arrive en première position et la reconnaissance en troisième position. Tout ce qui a trait au respect de la vie privée, la qualité des horaires, le confort de vie, est plébiscité. Le salaire arrive seulement en cinquième position pour l’ensemble des Français et en septième chez les jeunes de moins de 30 ans. « Ca ne veut pas dire qu’il faut le mettre de côté. Moi j’ai des demandes régulières d’augmentation. Mais quand un salarié n’est pas heureux au travail, il existe plein d’autres leviers à actionner avant ou autour du salaire. Quand un patron me dit qu’il va multiplier les points de contrôle, je lui réponds : “ça va te couter plus cher et mettre une ambiance pourrie“. S’il me rétorque : “alors je vais l’augmenter de 100 euros ça va régler le problème“ je lui dit : “si tu l’augmentes de 100 euros, dans deux mois, tu auras encore le, problème. SI tu l’augmentes de 300 euros, tu l’auras dans trois mois. Et si tu l’augmentes de 1000 euros tu seras tranquille pendant un an mais c’est tout. » Ce qui a du sens est de se poser les vraies questions. « Moi je milite avec un slogan qui me vaut d’être assassiné par tous les syndicalistes. Je crois au “gagner moins mais vivre mieux“. Je débauche beaucoup de Parisiens qui gagnent 4000 ou 5000 euros. Ils viennent ici dans le Sud-Ouest. Leur salaire chute de 50 %.mais le cout de la vie est sans rapport avec la région parisienne. Il se sentent bien mieux considérés et ont l’opportunité de s’épanouir. »

Vous dirigez une entreprise où vous êtes associé ou salarié…Que pensez-vous de l’histoire de Julien Leclercq ? Qu’avez-vous envie de lui dire ? 

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