Les trois freins de l’entrepreneuriat

Le colloque « Cap sur l’entrepreneuriat pour une économie dynamique » organisé par l’Express dans le cadre du 1er salon de la Mobilité et du Travail a montré que les véritables freins à la création et au développement d’entreprise en France ne sont pas toujours ceux auxquels on pense.

Aujourd’hui, on peut être un salarié impliqué et motivé sans être à l’abri de perdre son poste. Nul hasard donc si selon un sondage exclusif TNS Sofres, réalisé pour le salon, 37 % des salariés et chômeurs se disent prêts à se laisser tenter par la création d’entreprise tout en y mettant des conditions restrictives.. Résultat : 39 % d’entre eux souhaitent pouvoir retrouver leur poste si l’entreprise ne rencontre pas le succès escompté. Ce qui n’est pas très réaliste. Et 34 % redoutent de s’exposer à des conséquences grave en cas d’échec et réclament un droit à l’erreur pour ne pas tout perdre. Ce qui est, en revanche, légitime.

L’envie d’y aller

Pour passer le cap, 16 % de ces créateurs potentiels voudraient aussi être sûrs que le fait de créer une entreprise n’aura pas d’incidence forte sur le montant de leur retraite. On peut se dire que ceux qui ont besoin d’un filet de sécurité à toute épreuve auront peut être du mal à passer à l’acte. « Plus on est bon élève en France, plus on achète de la sécurité de l’emploi.…», a fait remarquer Francis Bécard, directeur général de l’ESC Troyes et président du groupe Entrepreneuriat de la Conférence des Grandes Ecoles. Carole Couvert, présidente de la CFE-CGC, s’est demandée comment insuffler l’esprit d’entreprise au sein des salariés. « Il va y avoir 500 000 à 700 000 entreprises à reprendre dans les 10 ans à venir. Créer ou reprendre une entreprise sera une étape du parcours de nombreux salariés. Cela exige de travailler sur l’esprit d’entreprise dès le plus jeune âge. » Selon Pierre-Antoine Gailly, président de la CCIP, la liberté d’entreprendre est incompatible avec le principe de sécurité. « Pour créer sa boite, il faut en avoir envie. On est dans le registre de l’émotionnel plutôt que du rationnel. Ce principe de liberté se trouve contrebalancé par le sondage TNS Sofres où certains disent vouloir retrouver leur job si ça ne marche pas…Avoir envie est une question de tempérament. Ca ne s’apprend pas mais nous pouvons créer les conditions pour que ce tempérament puisse se développer et s’exprimer. C’est pourquoi la CCI de Paris a créé Incuba’school, un incubateur au service de toutes les envies de créer. Pensé comme un accélérateur de business, cet incubateur accompagne des étudiants issus des 22 écoles liées à la CCI Paris Île-de-France mais aussi des porteurs de projets venus de l’extérieur. Nicolas Dufourcq, le directeur général de BPI, partage ce diagnostic : « La France est une sorte de Californie du capital-risque par rapport à l’Allemagne[…]Mais le problème de notre pays est d’ordre psychologique : c’est le désir d’y aller. »

Reconnaître le droit à l’erreur

« Dans le sondage TNS Sofres, note Dan Serfaty, co-fondateur de Viadéo, on parle d’avoir le droit à l’erreur. Ce droit à l’erreur est la clé quand on cherche comme tout entrepreneur à minimiser le risque. Pensez qu’il y a seulement un an que la loi sur les interdits bancaires a été assouplie. A San Francisco, j’ai vu le fondateur de Groupon faire une présentation. Dans les dix premières minutes, il mettait en avant tous ses échecs précédents. » Ce qui semble inimaginable en France. « Chez nous, on a tout ce qu’il faut pour créer de belles boites : les talents, l’argent, de grandes entreprises. Les ingrédients sont là mais il manque le liant, la sauce, et c’est le droit à l’erreur. Soyons un petit plus tolérant quand les choses ne se passent pas aussi bien que prévu. »

Pour minorer le risque, Dominique Restino, président fondateur du Moovjee, a imaginé en France le mentorat pour les entrepreneurs en s’inspirant de ce qui se faisait au Québec. « Créer ou reprendre une entreprise à la fin de ses études est un vrai choix de vie professionnel et personnel mais il nécessite d’être accompagné. Ce qui augmente de 70 % le taux de réussite de l’entreprise. » Le mentorat est un accompagnement personnel volontaire et bénévole à caractère confidentiel apporté par un entrepreneur expérimenté à un jeune entrepreneur dans la réalisation de son projet. « Moi qui suis chef d’entreprise depuis j’ai toujours tout fait pour minorer les risques. A 53 ans, je vais devenir fabriquant de chaussures de luxe mais je vais le faire en essayant encore une fois de minorer les risques.

Développer la mixité culturelle

Gilles Copin, EM Lyon, vice-président du concours national pour l’innovation et auteur d’un rapport sur les moyens de doper les start-up innovantes a fait remarquer que les start-up ont du mal à grandir. « Elles vivent, elles survivent, mais très peu se développent vraiment. Or l’enjeu, c’est l’emploi. » Pour lui, c’est du à un manque de mixité culturelle. « Aux USA, les entrepreneurs, les chercheurs, les ingénieurs, n’ont que quelques mètres à faire pour parler à un venture capitalist ou à un business angel. Tout ce monde vit ensemble et fonctionne ensemble. Voilà ce qui nous manque. En France c’est le désastre car tous ces gens ne se côtoient pas et ne vivent pas dans le même environnement. »

Francis Bécard est sur la même longueur d’onde quand il préconise le décloisonnement des établissements d’enseignement supérieur « Pour porter un projet d’entreprise, il faut être généraliste. On besoin de faire de l’interdisciplinaire. Les chercheurs devraient se rapprocher des start-up en s’impliquant dans les incubateurs.» Il regrette aussi que l’entrepreneuriat soit assimilé à une science de gestion : il y a une contradiction fondamentale à le faire enseigner par des chercheurs. Le scientifique est dans le temps long. L’entrepreneur est dans le court terme. Le docteur est dans la théorie. L’entrepreneur dans la pratique. Les enseignants chercheurs sont rattachés à des laboratoires universitaires et soumis à des obligations de publication parfois opposés aux besoins des entrepreneurs. » Il propose donc la création d’un cadre spécifique pour les enseignants chercheurs en entrepreneuriat. Ceux-ci devraient pouvoir être valorisés et évalués par rapport au nombre d’entreprises créées ou de leur taux de survie.

Pensez vous comme les participants du colloque sur l’Emploi organisé par l’Express au salon de la Mobilité et du Travail que le manque d’envie d’y aller, le manque de mixité culturelle, et la non acceptation du droit à l’échec sont les principaux freins à la création d’entreprise en France ?

 

 

 

 

 

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